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Contre le nouveaux philosophes

di materialiresistenti (14/11/2005 - 19:50)

Di Gilles Deleuze/ V.O. (version originale)

Posted in indiani on November 14th, 2005by francesco forlani

Questo testo di Gilles Deleuze è stato pubblicato come supplemento al n°24, mai 1977, della rivista Minuit, e distribuito gratuitamente . Ve lo propongo, nella sua totalità in lingua francese. A questo post ne seguiranno un paio con delle traduzioni in italiano. E’ un testo importante. I Nouveaux Philosophes sono, tanto per intenderci , quelli che intervengono una volta al mese su Repubblica per spiegare le ragioni dell’intervento americano in Iraq, la necessità di bombardare Belgrado, usare o no il preservativo quando piove, ecc. insomma Biasceelle B.H. Lévy e André Glucksmann. Questo testo di Gilles Deleuze si impone secondo me come un testo chiave per un’interpretazione del lavoro intellettuale oggi (a trent’anni di distanza). Se Nazione Indiana avesse un programma di azione questo ne farebbe parte sicuramente. Almeno per qualcuno di noi (giusto per non dire sempre, secondo me). Ma per fortuna Nazione Indiana non programma.

Origine :
http://www.generation-online.org/p/fpdeleuze9.htm
link utili
http://www.webdeleuze.com/

Contre le nouveaux philosophes

Intervista a Gilles Deleuze

- Che ne pensi dei nouveaux philosophes » ?

Niente. / Rien

Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D’abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l’ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d’importance, plus le sujet d’énonciation se donne de l’importance par rapport aux énoncés vides (« moi, en tant que lucide et courageux, je vous dis…, moi, en tant que soldat du Christ…, moi, de la génération perdue…, nous, en tant que nous avons fait mai 68…, en tant que nous ne nous laissons plus prendre aux semblants… »).

Avec ces deux procédés, ils cassent le travail. Car ça fait déjà un certain temps que, dans toutes sortes de domaines, les gens travaillent pour éviter ces dangers-là. On essaie de former des concepts à articulation fine, ou très différenciée, pour échapper aux grosses notions dualistes. Et on essaie de dégager des fonctions créatrices qui ne passeraient plus par la fonction-auteur (en musique, en peinture, en audio-visuel, en cinéma, même en philosophie). Ce retour massif à un auteur ou à un sujet vide très vaniteux, et à des concepts sommaires stéréotypés, représente une force de réaction fâcheuse. C’est conforme à la réforme Haby : un sérieux allègement du « programme » de la philosophie.

- Dis-tu cela parce que B.-H. Lévy vous attaque violemment, Guattari et toi, dans son livre Barbarie à visage humain ?

Non, non, non. Il dit qu’il y a un lien profond entre L’Anti-Oedipe et « l’apologie du pourri sur fumier de décadence » (c’est comme cela qu’il parle), un lien profond entre L’Anti-Oedipe et les drogués. Au moins, ça fera rire les drogués. Il dit aussi que le Cerfi est raciste : là, c’est ignoble.

Il y a longtemps que je souhaitais parler des nouveaux philosophes, mais je ne voyais pas comment. Ils auraient dit tout de suite : voyez comme il est jaloux de notre succès. Eux, c’est leur métier d’attaquer, de répondre, de répondre aux réponses. Moi, je ne peux le faire qu’une fois. Je ne répondrai pas une autre fois. Ce qui a changé la situation pour moi, c’est le livre d’Aubral et de Delcourt, Contre la nouvelle philosophie. Aubral et Delcourt essaient vraiment d’analyser cette pensée, et ils arrivent à des résultats très comiques. Ils ont fait un beau livre tonique, ils ont été les premiers à protester. Ils ont même affronté les nouveaux philosophes à la télé, dans l’émission « Apostrophes ». Alors, pour parler comme l’ennemi, un Dieu m’a dit qu’il fallait que je suive Aubral et Delcourt, que j’aie ce courage lucide et pessimiste.

- Si c’est une pensée nulle, comment expliquer qu’elle semble avoir tant de succès, qu’elle s’étende et reçoive des ralliements comme celui de Sollers ?

Il y a plusieurs problèmes très différents. D’abord, en France on a longtemps vécu sur un certain mode littéraire des « écoles ». Et c’est déjà terrible, une école : il y a toujours un pape, des manifestes, des déclarations du type « je suis l’avant-garde », (les excommunications, des tribunaux, des retournements politiques, etc. En principe général, on a d’autant plus raison qu’on a passé sa vie à se tromper, puisqu’on peut toujours dire « je suis passé par là ». C’est pourquoi les staliniens sont les seuls à pouvoir donner des leçons d’antistalinisme. Mais enfin, quelle que soit la misère des écoles, on ne peut pas dire que les nouveaux philosophes soient une école. Ils ont une nouveauté réelle, ils ont introduit en France le marketing littéraire ou philosophique, au lieu de faire une école. Le marketing a ses principes particuliers :
1. il faut qu’on parle d’un livre et qu’on en fasse parler, plus que le livre lui-même ne parle ou n’a à dire. A la limite, il faut que la multitude des articles de journaux, d’interviews, de colloques, d’émissions radio ou télé remplacent le livre, qui pourrait très bien` ne pas exister du tout.
C’est pour cela que le travail auquel se donnent les nouveaux philosophes est moins au niveau des livres qu’ils font que des articles à obtenir, des journaux et émissions à occuper, des interviews à placer, d’un dossier à faire, d’un numéro de Playboy. Il y a là toute une activité qui, à cette échelle et à ce degré d’organisation, semblait exclue de la philosophie, ou exclure la philosophie.

2. Et puis, du point de vue d’un marketing, il faut que le même livre ou le même produit aient plusieurs versions, pour convenir à tout le monde une version pieuse, une athée, une heideggerienne, une gauchiste, une centriste, même une chiraquienne ou néo-fasciste, une « union de la gauche » nuancée, etc. D’où l’importance d’une distribution des rôles suivant les goûts. Il y a du Dr Mabuse dans Clavel, un Dr Mabuse évangélique, Jambet et Lardreau, c’est Spöri et Pesch, les deux aides à Mabuse (ils veulent « mettre la main au collet » de Nietzsche). Benoist, c’est le coursier, c’est Nestor. Lévy, c’est tantôt l’imprésario, tantôt la script-girl, tantôt le joyeux animateur, tantôt le dise-jockey. Jean Cau trouve tout ça rudement bien ; Fabre-Luce se fait disciple de Glucksmann ; on réédite Benda, pour les vertus du clerc. Quelle étrange constellation.

Sollers avait été le dernier en France à faire encore une école vieille manière, avec papisme, excommunications, tribunaux. Je suppose que, quand il a compris cette nouvelle entreprise, il s’est dit qu’ils avaient raison, qu’il fallait faire alliance, et que ce serait trop bête de manquer ça. Il arrive en retard, mais il a bien vu quelque chose. Car cette histoire de marketing dans le livre de philosophie, c’est réellement nouveau, c’est une idée, il « fallait » l’avoir. Que les nouveaux philosophes restaurent une fonction-auteur vide, et qu’ils procèdent avec des concepts creux, toute cette réaction n’empêche pas un profond modernisme, une analyse très adaptée du paysage et du marché. Du coup, je crois que certains d’entre nous peuvent même éprouver une curiosité bienveillante pour cette opération, d’un point de vue purement naturaliste ou entomologique. Moi, c’est différent, parce que mon point de vue est tératologique : c’est de l’horreur.

- Si c’est une question de marketing, comment expliques-tu qu’il ait fallu les attendre, et que ce soit maintenant que ça risque de réussir ?

Pour plusieurs raisons, qui nous dépassent et les dépassent eux-mêmes. André Scala a analysé récemment un certain renversement dans les rapports journalistes-écrivains, presse-livre. Le journalisme, en liaison avec la radio et la télé, a pris de plus en plus vivement conscience de sa possibilité de créer l’événement (les fuites contrôlées, Watergate, les sondages ?). Et de même qu’il avait moins besoin de se référer à des événements extérieurs, puisqu’il en créait une large part, il avait moins besoin aussi de se rapporter à des analyses extérieures au journalisme, ou à des personnages du type « intellectuel », « écrivain » : le journalisme découvrait en lui-même une pensée autonome et suffisante.

C’est pourquoi, à la limite, un livre vaut moins que l’article de journal qu’on fait sur lui ou l’interview à laquelle il donne lieu. Les intellectuels et les écrivains, même les artistes, sont donc conviés à devenir journalistes s’ils veulent se conformer aux normes. C’est un nouveau type de pensée, la pensée-interview, la pensée-entretien, la pensée-minute. On imagine un livre qui porterait sur un article de journal, et non plus l’inverse.

Les rapports de force ont tout à fait changé, entre journalistes et intellectuels. Tout a commencé avec la télé, et les numéros de dressage que les interviewers ont fait subir aux intellectuels consentants. Le journal n’a plus besoin du livre. je ne dis pas que ce retournement, cette domestication de l’intellectuel, cette journalisation, soit une catastrophe. C’est comme ça : au moment même où l’écriture et la pensée tendaient à abandonner la fonction-auteur, au moment où les créations ne passaient plus par la fonction-auteur, celle-ci se trouvait reprise par la radio et la télé, et par le journalisme. Les journalistes devenaient les nouveaux auteurs, et les écrivains qui souhaitaient encore être des auteurs devaient passer par les journalistes, ou devenir leurs propres journalistes. Une fonction tombée dans un certain discrédit. retrouvait une modernité et un nouveau conformisme, en changeant de lieu et d’objet. C’est cela qui a rendu possible les entreprises de marketing intellectuel. Est-ce qu’il y a d’autres usages actuels d’une télé, d’une radio ou d’un journal ? Évidemment, mais ce n’est plus la question des nouveaux philosophes. Je voudrais en parler tout à l’heure.

Il y a une autre raison. Nous sommes depuis longtemps en période électorale. Or, les élections, ce n’est pas un point local ni un jour à telle date. C’est comme une grille qui affecte actuellement notre manière de comprendre et même de percevoir. On rabat tous les événements, tous les problèmes, sur cette grille déformante. Les conditions particulières des élections aujourd’hui font que le seuil habituel de connerie monte. C’est sur cette grille que les nouveaux philosophes se sont inscrits dès le début. Il importe peu que certains d’entre eux aient été immédiatement contre l’union de la gauche, tandis que d’autres auraient souhaité fournir un brain-trust de plus à Mitterrand.

Une homogénéisation des deux tendances s’est produite, plutôt contre la gauche, mais surtout à partir d’un thème qui était présent déjà dans leurs premiers livres : la haine de 68. C’était à qui cracherait le mieux sur mai 68. C’est en fonction de cette haine qu’ils ont construit leur sujet d’énonciation : « Nous, en tant que nous avons fait mai 68 ( ? ? ), nous pouvons vous dire que c’était bête, et que nous ne le ferons plus. » Une rancoeur de 68, ils n’ont que ça à vendre.
C’est en ce sens que, quelle que soit leur position par rapport aux élections, ils s’inscrivent parfaitement sur la grille électorale. A partir de là, tout y passe, marxisme, maoïsme, socialisme, etc., non pas parce que les luttes réelles auraient fait surgir de nouveaux ennemis, de nouveaux problèmes et de nouveaux moyens, mais parce que LA révolution doit être déclarée impossible, uniformément et de tout temps. C’est pourquoi tous les concepts qui commençaient à fonctionner d’une manière très différenciée (les pouvoirs, les résistances, les désirs, même la « plèbe ») sont à nouveau globalisés, réunis dans la fade unité du pouvoir, de la loi, de l’État, etc. C’est pourquoi aussi le Sujet pensant revient sur la scène, car la seule possibilité de la révolution, pour les nouveaux philosophes, c’est l’acte pur du penseur qui la pense impossible.

Ce qui me dégoûte est très simple : les nouveaux philosophes font une martyrologie, le Goulag et les victimes de l’histoire. Ils vivent de cadavres. Ils ont découvert la fonction-témoin, qui ne fait qu’un avec celle d’auteur ou de penseur (voyez le numéro de Playboy : c’est nous les témoins…). Mais il n’y aurait jamais eu de victimes si celles-ci avaient pensé comme eux, ou parlé comme eux. Il a fallu que les victimes pensent et vivent tout autrement pour donner matière à ceux qui pleurent en leur nom, et qui pensent en leur nom, et donnent des leçons en leur nom. Ceux qui risquent leur vie pensent généralement en termes de vie, et pas de mort, d’amertume et de vanité morbide.
Les résistants sont plutôt de grands vivants. Jamais on n’a mis quelqu’un en prison pour son impuissance et son pessimisme, au contraire. Du point de vue des nouveaux philosophes, les victimes se sont fait avoir, parce qu’elles n’avaient pas encore compris ce que les nouveaux philosophes ont compris. 5i je faisais partie d’une association, je porterais plainte contre les nouveaux philosophes, qui méprisent un peu trop les habitants du Goulag.

- Quand tu dénonces le marketing, est-ce que tu milites pour la conception vieux-livre, ou pour les écoles ancienne manière ?

Non, non, non. Il n’y a aucune nécessité d’un tel choix : ou bien marketing, ou bien vieille manière. Ce choix est faux. Tout ce qui se passe de vivant actuellement échappe à cette alternative. Voyez comme les musiciens travaillent, comme les gens travaillent dans les sciences, comme certains peintres essaient de travailler, comment des géographes organisent leur travail (cf. la revue Hérodote).

Le premier trait, c’est les rencontres. Pas du tout les colloques ni les débats, mais, en travaillant dans un domaine, on rencontre des gens qui travaillent dans un tout autre domaine, comme si la solution venait toujours d’ailleurs. Il ne s’agit pas de comparaisons ou d’analogies intellectuelles, mais d’intersections effectives, de croisements de lignes. Par exemple (cet exemple est important, puisque les nouveaux philosophes parlent beaucoup d’histoire de la philosophie), André Robinet renouvelle aujourd’hui l’histoire de la philosophie, avec des ordinateurs ; il rencontre forcément Xenakis. Que des mathématiciens puissent faire évoluer ou modifier un problème d’une tout autre nature ne signifie pas que le problème reçoit une solution mathématique, mais qu’il comporte une séquence mathématique qui entre en conjugaison avec d’autres séquences. C’est effarant, la manière dont les nouveaux philosophes traitent « la » science.
Rencontrer avec son propre travail le travail des musiciens, des peintres ou des savants est la seule combinaison actuelle qui ne se ramène ni aux vieilles écoles ni à un néo-marketing. Ce sont ces points singuliers qui constituent des foyers de création, des fonctions créatrices indépendantes de la fonction-auteur, détachées de la’ fonction-auteur. Et ça ne vaut pas seulement pour des croisements de domaines différents, c’est chaque domaine, chaque morceau de -domaine, si petit soit-il, qui est déjà fait de tels croisements. Les philosophes doivent venir de n’importe où : non pas au sens où la philosophie dépendrait d’une sagesse populaire un peu partout, mais au sens où chaque rencontre en produit, en même temps qu’elle définit un nouvel usage, une nouvelle position d’agencements - musiciens sauvages et radios pirates.

Eh bien, chaque fois que les fonctions créatrices désertent ainsi la fonction-auteur, on voit celle-ci se réfugier dans un nouveau conformisme de « promotion ». C’est toute une série de batailles plus ou moins visibles : le cinéma, la radio, la télé sont la possibilité de fonctions créatrices qui ont destitué l’Auteur ; mais la fonction-auteur se reconstitue à l’abri des usages conformistes de ces médias. Les grandes sociétés de production se remettent à favoriser un « cinéma d’auteur » ; Jean-Luc Godard trouve alors le moyen de faire passer de la création dans la télé ; mais la puissante organisation de la télé a elle-même ses fonctions-auteur par lesquelles elle empêche la création.

Quand la littérature, la musique, etc., conquièrent de nouveaux domaines de création, la fonction-auteur se reconstitue dans le journalisme, qui va étouffer ses propres fonctions créatrices et celles de la littérature. Nous retombons sur les nouveaux philosophes : ils ont reconstitué une pièce étouffante, asphyxiante, là où un peu d’air passait. C’est la négation de toute politique, et de toute expérimentation. Bref, ce que je leur reproche, c’est de faire un travail de cochon ; et que ce travail s’insère dans un nouveau type de rapport presse-livre parfaitement réactionnaire : nouveau, oui, mais conformiste au plus haut point. Ce ne sont pas les nouveaux philosophes qui importent. Même s’ils s’évanouissent demain, leur entreprise de marketing sera recommencée. Elle représente en effet la soumission de toute pensée aux médias ; du même coup, elle donne à ces médias le minimum de caution et de tranquillité intellectuelles pour étouffer les tentatives de création qui les feraient bouger eux-mêmes. Autant de débats crétins à la télé, autant de petits films narcissiques d’auteur - d’autant moins de création possible dans la télé et ailleurs.

Je voudrais proposer une charte des intellectuels, dans leur situation actuelle par rapport aux médias, compte tenu des nouveaux rapports de force : refuser, faire valoir des exigences, devenir producteurs, au lieu d’être des auteurs qui n’ont plus que l’insolence des domestiques ou les éclats d’un clown de service. Beckett, Godard ont su s’en tirer, et créer de deux manières très différentes : il y a beaucoup de possibilités, dans le cinéma, l’audio-visuel, la musique, les sciences, les livres… Mais les nouveaux philosophes, c’est vraiment l’infection qui s’efforce d’empêcher tout ça. Rien de vivant ne passe par eux, mais ils auront accompli leur fonction s’ils tiennent assez la scène pour mortifier quelque chose.
5 juin 1977.

http://www.nazioneindiana.com/2005/11/14/di-gilles-deleuze-vo-version-originale/#more-1486

Traduzione italiana:

Intervista a Gilles Deleuze

Che ne pensi dei nouveaux philosophes » ?

Niente. Credo che il loro pensiero non valga niente. Vedo due ragioni
possibili a questo non valere nulla. Innanzitutto il loro procedere
per grossi concetti, tanto grossi quanto vuoti. LA legge, IL potere,
IL padrone, IL mondo, LA ribellione, LA fede. Possono perfino
arrivare a fare dei mix pazzeschi , dei dualismi sommari, la legge e
il ribelle, il potere e l'angelo. Allo stesso tempo più il contenuto
del pensiero é debole, più il pensiero acquisisce importanza, più il
soggetto dell'enunciato si dà delle arie d'importanza rispetto a
degli enunciati vuoti (io, in tanto che lucido e coraggioso, vi dico…
io come soldato di Cristo… io, della generazione perduta … noi come
quelli che hanno fatto il sessantotto … in tanto che noi non ci
lasceremo ingannare dalle apparenze … »).

Con questi due procedimenti, vanificano il lavoro di tanti. Visto che
da un po' di tempo, in ogni campo, la gente svolge un lavoro che
eviti questo tipo di pericolo. Si cerca di formare dei concetti
dall'articolazione fine, o molto differenziata, per sfuggire alle
grosse nozioni dualiste. E si cerca di trarne delle funzioni
creatrici che non passerebbero per la funzione-autore. (in musica,
nella pittura, nel cinema , nell'audiovisivo, e perfino in filosofia)
Il ritorno massiccio a un autore o a un soggetto vuoto molto
vanitoso, e a dei concetti stereotipati, rappresenta una forza di
reazione fastidiosa. Del tutto conforme alla riforma Haby : un serio
alleggerimento del "programma" di filosofia.

Se è vero che non vale nulla, come spiegarsi il tanto successo che
sembra avere, e che si diffonda contando su alleanze come quella di
Sollers?

Ci sono differenti problemi a proposito. Innanzitutto in Francia si è
a lungo vissuto in una certa moda letteraria delle "scuole". Nulla di
più terribile di una scuola : c'è sempre un papa, dei manifesti,
dichiarazioni del tipo "l'avanguardia sono io", (le scomuniche, i
tribunali, i rivolgimenti politici, ecc.) In principio generale, si
ha tanto più ragione nel fatto che si viva una vita commettendo
sbagli, dal momento che si può sempre affermare "sono passato anch'io
di lì". Ecco perché gli stalinisti sono gli unici a poterci fare la
loro lezione di antistalinismo . Eppure quale che sia la miseria
delle scuole non si può nemmeno dire che quella dei nouveaux
philosophes lo sia . Sono una vera novità per aver introdotto in
Francia il marketing letterario o filosofico.

Il marketing ha le sue regole peculiari:
1. bisogna che si parli di un libro e che se ne faccia parlare, più
di quanto lo stesso libro non parli o dica. Al limite bisogna che la
massa di articoli dei giornali, di interviste, di colloqui, di
trasmissioni radiofoniche o televisive sostituisca il libro al punto
che questo potrebbe perfino non esistere affatto.
E' per questo che il lavoro a cui si dedicano les nouveaux
philosophes è meno rivolto al livello dei libri quanto agli articoli
da ottenere, ai giornali e trasmissioni da occupare, alle interviste
da piazzare, a un dossier da fare, a un numero di Playboy. Insomma
tutta un'attività che a quella scala e grado, sembra esclusa dalla
filosofia o escludere la filosofia.
2. e poi. Dal punto di vista del marketing, bisogna che lo stesso
libro o lo stesso prodotto abbiano diverse versioni, per poter
convenire a tutti, una versione pia, una atea, una heideggeriana, una
di sinistra, una di centro, perfino una chiracchiana o neofascista,
una « union de la gauche » sfumata, etc. Da cui l'importanza d'una
distribuzione dei ruoli a seconda dei gusti.

Se si tratta di marketing, come spiegare il fatto che si sia dovuto
aspettare proprio loro, e che solo ora si corre il rischio che la
cosa abbia successo?

Per diverse ragioni che oltrepassano il nostro intendimento e pure il
loro. André Scala ha analizzato di recente una certa inversione di
ruolo nei rapporti giornalisti-scrittori, stampa-libro. Il
giornalismo , in stretto collegamento con la radio e la televisione,
ha preso sempre più vivamente coscienza della possibilità di creare
l'evento (fughe d'informazioni controllate, Watergate, sondaggi?). E
avendo esso stesso meno bisogno di riferirsi ad eventi esterni,
poiché la maggior parte era proprio lui a crearli, si ritrovava ad
avere meno bisogno di fare riferimento ad analisi esterne al
giornalismo, o a personaggi del tipo," l'intellettuale", "lo
scrittore ": il giornalismo scopriva in se stesso un pensiero
autonomo e sufficiente.

Ecco perché , al limite, un libro vale meno della recensione sul
giornale che se ne fa o dell'intervista cui darà luogo. Gli
intellettuali e gli scrittori, perfino gli artisti, sono dunque
invitati a divenire giornalisti, se vogliono conformarsi alle norme.
E' un nuovo tipo di pensiero, il pensiero-intervista (nella forma,
come questo, ndt ), il presto pronto-pensiero. Fino ad immaginare un
libro che tratti di un articolo piuttosto che il contrario.

I rapporti di forza sono cambiati totalmente, tra giornalisti e
intellettuali. Tutto è cominciato con la televisione, e con i numeri
di ammaestramento che gli intervistatori hanno fatto subire ad
intellettuali consenzienti. Il giornale non ha più bisogno del libro.
Non voglio dire che questa inversione, questo addomesticamento
dell'intellettuale, la giornalizzazione, sia una catastrofe. E' così:
nel momento stesso in cui la scrittura e il pensiero tendevano ad
abbandonare la funzione-autore, proprio quando le creazioni non
passavano più per la funzione-autore, questa si trovava ripescata
dalla radio e dalla televisione, e dal giornalismo. i giornalisti
diventavano i nuovi autori, e gli scrittori che desideravano essere
ancora degli autori dovevano passare attraverso i giornalisti o
diventare essi stessi giornalisti. Una funzione caduta in un certo
discredito ritrovava una modernità e un nuovo conformismo, cambiando
di luogo e d'oggetto. E' questo che ha reso possibile le imprese di
marketing intellettuale.

C'è un'altra ragione. siamo ormai da tempo in periodo elettorale.
ora, le elezioni , non significa un punto localizzato, né un giorno a
tale data. E' come una griglia che tocca attualmente la nostra
maniera di comprendere e di sentire. Si abbattono tutti gli eventi,
tutti i problemi su questa griglia deformante. Le condizioni
particolari delle elezioni ai nostri giorni fanno che si sia alzata
la soglia della stronzaggine . E' su questa griglia che i nouveaux
philosophes si sono iscritti dall'inizio. Poco importa che alcuni di
essi siano stati contro l'union de la gauche, mentre altri avrebbero
preferito fornire un brain-trust di più a Mitterrand.

Una omogeneizzazione delle due tendenze s'è prodotta, piuttosto
contro la sinistra, ma soprattutto a partire da un tema che era già
presente nei primi libri: l'odio del 68. Era come una gara a chi
sputasse meglio sul maggio 68. E' in funzione di questo odio che
hanno costruito il loro soggetto da enunciato: « Noi in tanto che
abbiamo fatto maggio 68 possiamo dirvi quanto fosse scemo, e che non
lo faremo più. Un rancore verso il 68, non hanno che questo da
vendere.
E' in questo senso che, quale che sia la posizione rispetto alle
elezioni, si inscrivono perfettamente sulla griglia elettorale. A
partire da lì tutto vi passa, marxismo, maoïsmo, socialismo, ecc.,
non perché le lotte reali avrebbero fatto sorgere dei nuovi nemici,
dei nuovi problemi e dei nuovi mezzi, ma perché LA rivoluzione deve
essere dichiarata impossibile uniformemente e d'ogni tempo. ecco
perché tutti i concetti che cominciavano a funzionare in maniere
differenziata, (i poteri, le resistenze , i desideri, perfino la
plebe) sono di nuovo globalizzati, riuniti nella pallida unità di
potere, della legge, dello Stato, ecc. Ecco perchè anche il Soggetto
pensante riviene sulla scena, perché la sola possibilità di
rivoluzione , per i nouveaux philosophes, è l'atto puro del pensatore
che la pensa impossibile.

Quello che trovo disgustoso è molto semplice: les nouveaux
philosophes fanno una martirologia, il Goulag e le vittime della
storia. Vivono di cadaveri. Hanno scoperto la funzione-testimone, che
fa tutt'uno con quella di autore o di pensatore (si veda il numero di
Playboy : i testimoni siamo noi…). Ma non ci sarebbero mai state
vittime se le stesse l'avessero pensata allo stesso loro modo, o
parlato come loro. Bisognava che le vittime la pensassero e vivessero
in tutt'altro modo per offrire materia a quelli che piangono in loro
nome, e che pensano in nome loro, e danno lezioni in loro nome..
Coloro che mettono a rischio la propria vita la pensano generalmente
in termini di vita, e non di morte, di amarezza e di vanità morbosa.

I resistenti sono piuttosto dei goderecci. Non si è mai messo in
prigione qualcuno a causa della sua impotenza o pessimismo,
tutt'altro. Dal punto di vista dei nouveaux philosophes, le vittime
si sono fatte imbrogliare perché non avevano ancora capito quello che
les nouveaux philosophes hanno capito. Se facessi parte di
un'associazione farei causa ai nouveaux philosophes, per il troppo
disprezzo verso gli abitanti dei Goulag.

- Quanto denunci il marketing lo fai perché militi per una concezione
del libro e delle scuole alla vecchia maniera ?

No, no, no. Non esiste da nessuna parte la necessità d'una tale
scelta: o marketing o vecchissima maniera. Una tale scelta non è
vera. Ciò che succede di vivo attualmente sfugge a una tale
alternativa. Osservate come lavorino i musicisti, come lavori la
gente nel campo scientifico, come cerchino di lavorare certi
pittori , o come i geografi organizzino il loro lavoro ( cf. la revue
Hérodote).
Il primo tratto distintivo sono gli incontri. Per niente attraverso
colloqui o dibattiti, ma lavorando in un campo, si incontrano persone
che lavorano in tutt'altro campo, come se la soluzione venisse sempre
da altrove. Non si tratta di comparare o di analogie intellettuali,
ma di vere e proprie intersezioni, d'incrociarsi di linee.

Per esempio ( questo esempio è importante visto che i nouveaux
philosophes parlano molto di storia della filosofia ), André Robinet
rinnova la storia della filosofia, con i computer ; incontrerà per
forza Xenakis. Che dei matematici possano far evolvere o modificare
un problema di tutt'altra natura non significa che il problema
riceverà una soluzione matematica ma che comporta una sequenza
matematica che si coniuga con altre sequenze. E' ignobile il modo in
cui les nouveaux philosophes trattano la scienza.

Incontrare col proprio lavoro il lavoro dei musicisti, dei pittori o
degli scienziati è la sola combinazione attuale che non si riferisca
né alle vecchie scuole né a un néo-marketing. Sono tali punti
singolari che costituiscono i focolai di creazione, delle funzioni
creatrici indipendenti dalla funzione autore, distaccate dalla
funzione autore. Il che non vale soltanto per gli incroci di campi
differenti, è ogni campo, ogni pezzo di campo, per quanto piccolo
esso sia, ad essere fatto di tali incroci.
I filosofi devono venire da ogni dove: non nel senso che la filosofia
dipenderebbe da una saggezza popolare un po' ovunque, ma nel senso
per cui ogni incontro ne produce, allo stesso tempo che definisce un
nuovo uso, una nuova posizione di connessione - musicisti selvaggi e
radio pirata. (nel senso di radio libere, proibite all'epoca in
Francia ndt)

Ebbene ogni volta che le funzioni creatrici disertano in tal modo la
funzione- autore, la si vede rifugiarsi in un nuovo conformismo di «
promozione ». E' una serie di battaglie più o meno visibili: il
cinema, la radio, l televisione sono la possibilità delle funzioni
creatrici che hanno destituito l' Autore; ma la funzione-autore si
ricostituisce al riparo offerto dagli usi conformisti di questi
media. Le grandi società di produzione si rimettono a favorire un «
cinema d'autore » ; Jean-Luc Godard trova allora il modo di far
passare la creazione nella televisione; ma la potente organizzazione
della televisione ha essa stesa delle funzioni-autore grazie a cui
impedisce la creazione.

Quando la letteratura, la musica, ecc, conquistano i nuovi campi
della creazione, la funzione autor si ricostituisce nel giornalismo
che soffocherà le proprie funzioni creatrici e quelle della
letteratura.
E così ritorniamo ai nouveaux philosophes : hanno ricostituito una
stanza soffocante, asfissiante, laddove si respirava un po' d'aria.
E' la negazione di ogni politica e sperimentazione. Insomma, quello
che gli rimprovero, è di fare un lavoro meschino; e che un tale
lavoro si inserisce in un nuovo tipo di rapporto stampa-libro
perfettamente reazionario: nuovo si, ma conformista nel senso più
profondo del termine.

Anche se sparissero domani, la loro impresa di Marketing sarebbe
ricominciata. In effetti rappresenta la sottomissione di tutto il
pensiero ai media: allo stesso tempo, offre a questi media il minimo
di cauzione e tranquillità intellettuale per soffocare i tentativi di
creazione che li farebbero muovere da soli. Tanti dibattiti cretini
alla televisione, tanti piccoli film narcisisti d'autore - per quanta
meno creazione possibile alla televisione e altrove.

Vorrei proporre una charte degli intellettuali , nella loro
situazione attuale rispetto ai media, tenuto conto dei nuovi rapporti
di forza: rifiutare, far valere delle esigenze, divenire produttori,
piuttosto che autori che non hanno niente di più dell'insolenza dei
domestici o delle esplosioni dei buffoni di corte. Beckett, Godard
hanno saputo tirarsene fuori e creare due modi differenti: ci sono
molte possibilità , nel cinema, nell'audiovisivo, nella musica, nelle
scienze, nei libri… Ma i nouveaux philosophes, sono veramente
l'infezione che si sforza di impedire tutto questo. Niente di vivo
passa dalle loro parti, ma avranno compiuto la loro funzione se
conserveranno a sufficienza la scena per mortificare qualcosa.
5 juin 1977.
http://www.nazioneindiana.com/2005/11/15/gilles-deleuze-versione-
italiana-trad-effeffe/#comments

--- In ListaSinistra@yahoogroups.com, "georgiareal"
<georgiareal@y...> ha scritto:
> Da nazione indiana
>
http://www.nazioneindiana.com/
>
>
http://www.nazioneindiana.com/2005/11/14/di-gilles-deleuze-vo-
version-
> originale/#more-1486
>
> Di Gilles Deleuze/ V.O. (version originale)
> Posted in indiani on November 14th, 2005by francesco forlani
>
>
> Origine :
>
http://www.generation-online.org/p/fpdeleuze9.htm
> link utili
>
http://www.webdeleuze.com/
>
> Questo testo di Gilles Deleuze è stato pubblicato come supplemento
al
> n°24, mai 1977, della rivista Minuit, e distribuito gratuitamente .
> Ve lo propongo, nella sua totalità in lingua francese. A questo
post
> ne seguiranno un paio con delle traduzioni in italiano. E' un testo
> importante. I nouveaux Philosophes sono, tanto per intenderci ,
> quelli che intervengono una volta al mese su Repubblica per
spiegare
> le ragioni dell'intervento americano in Iraq, la necessità di
> bombardare Belgrado, usare o no il preservativo quando piove, ecc.
> insomma Biasceelle B.H. Lévy e André Glucksmann . Questo testo di
> Gilles Deleuze si impone secondo me come un testo chiave per
> un'interpretazione del lavoro intellettuale oggi (a trent'anni di
> distanza). Se Nazione Indiana avesse un programma di azione questo
ne
> farebbe parte sicuramente . Almeno per qualcuno di noi ( giusto per
> non dire sempre, secondo me). Ma per fortuna Nazione Indiana non
> programma.
> Origine :
>
http://www.generation-online.org/p/fpdeleuze9.htm
> link utili
>
http://www.webdeleuze.com/
>
> Contre le nouveaux philosophes
>
> Intervista a Gilles Deleuze
>
> - Che ne pensi dei nouveaux philosophes » ?
>
> Niente. / Rien
>
> Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles
à
> cette nullité. D'abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros
> que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA
> rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges
> grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le
pouvoir
> et l'ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible,
plus
[...]
>
http://www.nazioneindiana.com/2005/11/14/di-gilles-deleuze-vo-
version-
> originale/#more-1486





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